J’éduque, donc je lis…
Cette rubrique d’Etiennette Vellas est, comme toujours, à retrouver dans L’Éducateur.

L’Enfant roi. Comment ne pas s’inquiéter de voir cette figure s’installer et s’imposer au cœur des discours, sinon communs, du moins idéologiques et médiatiques, tenus sur la jeunesse contemporaine. En tant que masque, cette figure défigure et occulte l’enfant réel, le dépouille de son humanité. En tant que miroir, elle lui tend un mensonge d’adultes en guise de reflet et de modèle. Mais, plus profondément, c’est en tant que mythe que l’image commence à s’imposer dans nos représentations collectives et guident nos appréciations et attitudes quotidiennes. Ce livre est écrit par des professionnels de la petite enfance. Sachant qu’il ne suffit pas d’affirmer et dénoncer les tendances à l’œuvre, ils problématisent le sens et la fonction du mythe, cette parole choisie par l’histoire, mais qui ne surgit pas de la nature des choses (Barthes). Parce que, jamais, ils n’ont rencontré d’enfant roi.
Un livre rafraîchissant, documenté, intelligent, écrit le préfacier Hubert Montagner, ardent défenseur de l’enfant. Il n’a pas tort. Les auteurs, formatrices pédagogues, s’appuyant dans leur travail sur l’Analyse Transactionnelle, brossent, degré par degré, le portrait d’une école pouvant être réjouissante. Illustré par de nombreux exemples se passant dans la classe ou les familles, le livre montre un optimisme qui fait grand bien. Les conditions : comprendre que les enfants font tout pour survivre dans un monde parfois difficile, mais que dès qu’ils entrent à l’école, ils ont le droit d’être bien traités. Pouvoir leur faire prendre conscience de leur valeur. Savoir que l’éducation est une relation et qu’on peut apprendre toute sa vie. Signes de reconnaissance, attention, dispositifs contractuels sont proposés comme favorisant l’apprentissage des enfants. Et la satisfaction des enseignants.

Passer de la famille à l’école, c’est changer de monde, de manière de penser et de façon d’agir. Pour tous les enfants, quelle que soit leur famille. Mais c’est particulièrement difficile pour les enfants des milieux populaires. Pour eux le passage ne se fait pas à l’horizontale (entre deux cultures différentes mais égales). Il se fait avec leur culture populaire doublement dominée : domination culturelle et économique. Ce passage entre la culture familiale, ronde, et celle de l’école, carrée, peut être facilité si l’École et les enseignants prennent conscience de ces différences. Changements pour l’égalité, à la source de ce livre, montre comment des écoles mettent en place des dispositifs qui en tiennent compte : rencontres avec les parents organisées sur l’apprentissage et le savoir, forums animés par les enfants pour leurs parents sur une de leurs activités. Les idées fourmillent. À saisir !

Pourquoi A, B, C, D… ? Qui a inventé les lettres ? D’où viennent leurs formes ? Pourquoi deux pieds posés par terre et une barre au milieu pour le A, alors qu’H ressemble à un poteau de rugby ? Et pourquoi l’O est-il rond ?
Inventé il y a plus de 3500 ans à travers la rencontre de plusieurs cultures, l’alphabet demeure l’une des inventions les plus fécondes et importantes de l’histoire de l’humanité. Des mines de turquoise du désert du Sinaï aux rivages de l’Italie en passant pas les pays de Canaan, la Phénicie, l’Égypte, la Grèce… l’auteur nous emmène dans l’histoire fabuleuse de notre alphabet. Ainsi celle de A, blanc dans la conscience grecque. T et sa forme de croix qui signifie en égyptien le partage et la division des biens économiques, dans la justesse et la justice. Z, sa dernière lettre qui nous enseigne la nécessité de l’ouverture et de la remise en question permanente. Un livre à déguster.